Public : Interdit aux moins de 16 ans !
Genre : Manga fou, violent et romantique aux combats redoutablement chorégraphiés / Chambara (film de sabres)
Réalisé par Yoshiaki Kawajiri
JAPON - 1993 - 1H34
RESUME
Un village entier est décimé par la peste. Envoyé sur les lieux en éclaireur, un groupe Ninja se retrouve pris en embuscade par Tessai, un colosse aux pouvoirs surhumains. Kagero, une magnifique ninja dont le seul toucher provoque la mort, est sauvée par Jubei, un voyageur solitaire. Bien malgré lui, il se voit forcer de lui preter main forte afin de déjouer un complot contre le gouverneur et combattre un ennemi sur lequel la mort n'a par d'emprise.
NINJA SCROLL est un film qui, à bien des égards, me tient particulièrement à coeur. A l'instar de Ghost in the Shell et d'Akira, c'est un des tous premiers mangas, une des toutes premières perles rares que j'ai vu, adoré et adopté de suite - c'était dans les années 90-95, je ne parle donc pas des Goldorak et autres Albator que j'ai vu dans mon enfance.
NINJA SCROLL est un film de samourais à la poésie noire et cruelle. Dans des couleurs rouge et bleu, électriques, froides, Jubei, le ninja solitaire, entame un tango de mort avec les guerriers de la nuit, les démons immortels : un colosse capable de se couvrir d'une carapace de granit (en corps à corps, il aime démembrer ses ennemis à grands renforts de craquements et de flots de sang) ; Mochizo l'homme-guèpe, qui porte carrément une ruche dans la chair de sa bosse dorsale ; ou encore plus intéressant, celui qui utilise son ombre comme une arme pour se cacher ou engloutir ses adversaires ; Sans parler de la superbe Kagero (qui est au coté de Jubei) la femme fatale au corps entièrement envenimé (les mécréants voulant se livrer à quelques exercices diversement pervers sur sa personne en sont donc pour leur frais). Cette jolie plante vénéneuse est l'exemple le plus subtilement angoissant d'une galerie de personnages jouant de leur attrait sexuel comme d'un piège mortel. Ils sont beaux, élégants, impitoyables. Ce sont des mercenaires à la solde du diable et pour l'amour d'une morte-vivante, Jubei engage contre eux une série de duels à la beauté glaciale, d'une impeccable sobriété. Dans ces affrontements réduits à l'épure, esthétisés à l'extrème, on trouve la signature de... Yoshiaki Kawajiri.
Yoshiaki Kawajiri est l'un des plus grands réalisateurs de dessins animés japonais : il a signé, entre autres, CYBER CITY (1, 2 et 3), VAMPIRE HUNTER D : BLOODLUST, THE COCKPIT, LA CITE INTERDITE, etc...
Et c'est en 1993 qu'il signe son oeuvre la plus aboutie, folle et violente, qui ose s'approprier à la fois les mythologies du cinéma de sabre et des films d'horreur. NINJA SCROLL ressuscite donc l'un des genres fétiches du cinéma japonais, le chambara (film de sabre). Grand passionné du cinéma d'action, Kawajiri rend ici un véritable hommage à la saga des BABY CART et des auxquels il insuffle la folie déviante d'un kung-fu horrifique inspiré des séries B (voire des CATEGORY III) du cinéma hongkongais.
Réalisateur pointilleux et créateur insatiable, Kawajiri met ici en scène un festival d'action non-stop. Des poursuites à cheval, des combats aux sabres (violents, variés et réglés au millimètre près) et à la dynamite, des embuscades et morts violentes, le sang gicle dans tous les coins du cadre et les adversaires rivalisent de brutalité et de sauvagerie. Les flèches volent bas, les corps sont tronçonnés de part et d'autre, les tetes se déforment sous les coups, les cranes se perforent et l'ampleur des massacres frôle le génocide. Kawajiri est, semble t'il, motivé par une seule règle : "Quitte à réaliser un film d'action pour adulte, autant y aller à fond !".
Le design est particulièrement soigné et crédible, mais Kawajiri s'arme aussi de l'esthétique 'manga' (les personnages sautent de toits en toits, traversent des maisons le sabre au clair, sont filmés en panoramique avec la lune en arrière plan...). Les visages aux traits incisifs sont féroces et déformés par l'effort et/ou la haine, quand ils ne sont pas emplis d'une certaine mélancolie. Sans parler des monstres ou démons (cités ci-dessus) qui parsement le film.
Authentique fleuron du character design horrifique et viscéral, NINJA SCROLL baigne dans une atmosphère qui oscille entre pure poésie (les décors et la lumière sont sublimes) et nervosité frénétique (les affrontements sont déviants à souhait). Très spectaculaire, le film use des idées les plus folles, des pièges les plus tordus et des assauts les plus barbares (l'objet du spectacle demeure évidemment d'exalter les vertues héroiques de personnages romantiques et dramatiques).
Devant un tel spectacle de maitrise et de démence, on peut aisément affirmer que, sur bien des points (esthétiques, dramatiques....), NINJA SCROLL marque l'apogée du talent de Kawajiri. Un pur chef d'oeuvre.
A noter que la nouvelle édition du DVD (sortie en France récemment, pour les 10 ans de NINJA SCROLL) a changé d'habillage, mais pas seulement. Il y a des bonus en plus - contrairement aux récentes rééditions d'autres mangas, où c'est seulement le boitier qui change !
Dans une longue interview (d'environ 45 minutes) accordée à un journaliste, Kawajiri dit entre autre qu'il laisse ses assistants plancher sur NINJA SCROLL-la série télé, mais qu'en revanche, la version cinéma (donc, de la suite de NINJA SCROLL) c'est son bébé à lui, et qu'il désire faire un film encore plus divertissant que l'original, tout en gardant toujours un contexte historique.
et vOus, qu'en avez-vous pensé ?